La déclaration 2035 est le document fiscal annuel permettant aux orthophonistes libéraux de déclarer leurs revenus et de déduire leurs charges professionnelles réelles pour calculer leur bénéfice imposable. En 2026, les déductions clés incluent les cotisations sociales (URSSAF, CARPIMKO), les frais de cabinet, le matériel professionnel (jusqu’à 600 € TTC par unité) et les frais de déplacement.
Avant de ventiler quoi que ce soit : les 4 règles d’or
Peu importe la rubrique, une dépense n’est déductible que si elle respecte ces quatre conditions :
- Elle est liée à votre activité professionnelle. Pas à votre vie personnelle, pas à une convenance, à votre exercice libéral.
- Elle a été payée dans l’année d’imposition. Une facture de décembre 2025 payée en janvier 2026 ? Elle va dans la 2035 de 2026.
- Elle correspond au montant réellement décaissé. Pas un devis, pas une estimation.
- Vous avez un justificatif. Sans facture, pas de déduction. C’est aussi simple que ça.
Un dernier point avant de commencer : certains achats dépassant 500 € HT (600 € TTC) ne se déduisent pas en une fois. Ils s’inscrivent au registre des immobilisations et s’amortissent sur plusieurs années. Et quand une dépense est à la fois professionnelle et personnelle (votre téléphone, votre voiture, votre internet…), vous ne déduisez que la part professionnelle c’est ce qu’on appelle la quote-part.
Les rubriques de la 2035, une par une
Achats
Ce sont les fournitures et les produits que vous revendez à vos patients. En pratique, cette rubrique concerne très peu les orthophonistes. Si vous vendez du matériel logopédique ou des supports thérapeutiques directement à vos patients, c’est ici.
Salaires nets et avantages en nature
Vous avez une secrétaire ? Un(e) assistant(e) ? Notez ici les salaires versés après déduction des charges sociales. Le salaire de votre conjoint peut également y figurer, à condition qu’il soit soumis à des charges sociales. On y loge aussi les avantages en espèces (tickets repas, par exemple).
Charges sociales sur salaires
La part patronale et la part salariale des charges liées aux salaires de la rubrique précédente. Distinct des vos propres charges sociales, qui ont leur propre rubrique.
Contribution économique territoriale
Deux lignes ici : la cotisation foncière des entreprises (CFE), que vous payez chaque année, et la CVAE pour les rares orthophonistes dont le chiffre d’affaires dépasse les seuils concernés.
Autres impôts
Ce poste est plus large qu’il n’y paraît. On y trouve la taxe sur les salaires, la contribution à la formation professionnelle (CFP) versée à l’URSSAF, la taxe foncière si vous êtes propriétaire de votre cabinet et qu’il est inscrit au registre des immobilisations, et les droits d’enregistrement.
En revanche, ne déduisez jamais ici l’impôt sur le revenu, la taxe d’habitation, les pénalités de retard ou les amendes. Ce n’est pas déductible.
CSG déductible
La CSG-CRDS que vous payez à l’URSSAF n’est pas entièrement déductible. Seule une fraction l’est : 6,8 points sur les 9,7 % prélevés sur vos revenus du travail. L’autre partie est considérée par l’administration comme une dépense personnelle et ne peut pas être déduite. Cette fraction déductible a sa propre rubrique ne la mélangez pas avec vos charges sociales obligatoires.
Loyer et charges locatives
Le loyer de votre cabinet, les charges récupérées par le propriétaire, et la taxe foncière si votre bail prévoit que vous la remboursez. Les dépôts de garantie ne sont pas déductibles ils ne constituent pas une charge, puisqu’ils vous seront rendus.
Si vous exercez depuis votre domicile ou si votre cabinet fait partie de votre logement, appliquez une quote-part strictement proportionnelle à la surface professionnelle.
Location de matériel et redevances de collaboration
C’est ici que les collaborateurs orthophonistes inscrivent le total de leurs rétrocessions (case BW de la 2035), qui viennent ensuite s’incorporer dans la case BG avec les locations de matériel. Attention : le leasing de votre voiture ne va pas ici. Il va dans « frais de véhicule ».
Entretien et réparations
Tout ce qui permet de maintenir en état votre cabinet, votre matériel et votre mobilier : une réparation de chaise, un remplacement de serrure, la remise en peinture d’une pièce. En revanche, un réaménagement complet ou un agrandissement ne se déduisent pas ici : ils s’immobilisent et s’amortissent.
Petit outillage
Le matériel et les logiciels dont la valeur n’excède pas 500 € HT (600 € TTC) unitaire. Pour les orthophonistes, c’est typiquement un micro, un casque audio, un logiciel de bilan, une tablette d’appoint, du matériel de jeu thérapeutique à l’unité.
Concernant le mobilier, l’équipement initial du cabinet et les renouvellements globaux (rééquiper entièrement votre salle d’attente, par exemple) doivent passer par le registre des immobilisations même si chaque pièce est en dessous du seuil.
Chauffage, eau, gaz, électricité
Les factures énergétiques de votre cabinet. Si vous exercez à domicile : quote-part.
Honoraires ne constituant pas des rétrocessions
Vos frais de comptable, votre adhésion à une association de gestion agréée (AGA), les honoraires d’un juriste consulté pour un aspect professionnel. Ces sommes doivent figurer dans la déclaration DAS2 dès qu’elles dépassent 1 200 € par an et par bénéficiaire.
Primes d’assurances
Votre responsabilité civile professionnelle (indispensable) et l’assurance de votre cabinet. Si vous êtes propriétaire et que le local est inscrit au registre des immobilisations, l’assurance des murs entre aussi ici.
Ne mettez pas ici les contrats Madelin (ils ont leur propre rubrique) ni l’assurance de votre véhicule (qui va dans « frais de véhicule »).
Frais de véhicule
Deux options :
- Les frais réels : carburant, entretien, assurance, leasing… tout ce que vous avez réellement dépensé, au prorata de l’usage professionnel.
- Le barème kilométrique : vous utilisez le barème officiel de l’administration fiscale, qui varie selon la puissance fiscale du véhicule et les kilomètres parcourus. Plus simple, mais pas toujours plus avantageux.
Vous ne pouvez pas mélanger les deux sur le même véhicule et sur la même année.
Autres frais de déplacement
Tout ce qui concerne les déplacements professionnels hors véhicule personnel : billets de train, péages, parking, taxi, métro, hôtel lors d’un congrès ou d’une formation. Ces frais sont déductibles dès lors qu’ils sont justifiés et directement liés à votre activité.
Charges sociales personnelles obligatoires
C’est l’une des rubriques les plus importantes pour un orthophoniste libéral. On y inscrit les cotisations Carpimko et URSSAF, mais en ayant bien retiré au préalable :
- La CSG-CRDS déductible (qui a sa propre rubrique)
- La contribution aux URPS (qui va dans « cotisations syndicales et professionnelles »)
- La contribution à la formation professionnelle (qui va dans « autres impôts »)
Si vous confondez ces lignes, votre 2035 sera juste en total mais mal ventilée — ce qui peut poser des questions en cas de contrôle.
Charges sociales personnelles facultatives
Les contrats loi Madelin : assurance retraite supplémentaire, prévoyance, complémentaire santé. Ces cotisations sont déductibles dans les limites prévues par la loi, qui varient selon votre revenu et le type de contrat. C’est souvent l’une des optimisations fiscales les plus efficaces pour un orthophoniste libéral bien installé.
Frais de réception, représentation, congrès et repas
Formations, congrès professionnels, repas d’affaires : ces frais sont déductibles s’ils ont un lien direct avec votre activité. Les frais de transport et de séjour de votre conjoint, eux, ne le sont jamais.
Les frais de repas au cabinet font l’objet d’une réglementation spécifique. Deux conditions doivent être réunies : l’éloignement entre votre cabinet et votre domicile doit être réel (personne ne peut vous demander de traverser Paris pour déjeuner chez vous), et vous devez avoir une facture.
Pour 2026, les seuils publiés par l’administration sont les suivants : le plancher (valeur forfaitaire d’un repas à domicile) est fixé à 5,50 €, et le plafond au-delà duquel la dépense est considérée comme excessive est fixé à 21,40 €. La déduction maximale par repas s’élève donc à 15,90 €. Apicil
Concrètement :
- Repas à 9 € → déductible pour 9 – 5,50 = 3,50 €
- Repas à 18 € → déductible pour 18 – 5,50 = 12,50 €
- Repas à 30 € → le plafond s’applique, déductible pour 21,40 – 5,50 = 15,90 €
Fournitures de bureau, documentation, correspondance et téléphone
Les fournitures de bureau suivent les mêmes règles que le petit outillage : déductibles en une fois sous 500 € HT. La documentation professionnelle (revues d’orthophonie, ouvrages cliniques, abonnements spécialisés) est déductible. La jurisprudence admet même les revues généralistes ou enfantines placées en salle d’attente.
Pour la téléphonie et internet : si vous avez une ligne dédiée au cabinet, déduisez l’intégralité. Si vous utilisez votre ligne personnelle à des fins professionnelles, appliquez une quote-part raisonnable et documentable.
Frais d’acte et de contentieux
Constitution d’une SCM ou d’une SCP (frais de greffe), enregistrement d’actes notariés liés à votre activité, frais d’un éventuel contentieux professionnel.
Cotisations syndicales et professionnelles
La cotisation à la FNO, à la FOF, à des associations comme Orthophonistes du Monde ou ORA. On y loge également la part de votre cotisation URSSAF destinée à financer les URPS — ces organisations professionnelles régionales dont vous êtes adhérent obligatoire.
Autres frais divers de gestion
Le poste fourre-tout, à utiliser quand rien d’autre ne convient. Pour les orthophonistes, on y trouve souvent :
- Les chèques vacances ANCV : vous pouvez bénéficier des chèques vacances en tant que travailleur non salarié, sous conditions de ressources. La contribution employeur (vous, en l’occurrence) est déductible ici dans certaines limites.
- Les cadeaux professionnels (clients, partenaires) : déductibles s’ils sont d’usage et proportionnés.
- L’achat et le blanchissage de vêtements de travail réellement nécessités par l’activité. En orthophonie, c’est rare, mais si vous portez une blouse, ça peut se justifier.
- Les frais de formation professionnelle du titulaire, de son conjoint-collaborateur et de ses salariés.
- Les frais de déménagement du cabinet.
Frais financiers
Les intérêts de l’emprunt contracté pour votre installation, pour l’achat d’un droit de présentation ou de parts dans une SCM/SCP. Les frais bancaires courants (tenue de compte, virements), les agios et intérêts de découvert professionnel.
En revanche, si votre découvert résulte d’un virement systématique vers votre compte personnel, l’administration peut requalifier ces intérêts en dépense personnelle. Pas déductible.
Pertes diverses
Tout ce qui n’entre nulle part ailleurs. Le vol de matériel professionnel, par exemple. Mais attention : si votre assurance vous indemnise, le montant de l’indemnité entre en recettes. Et les vols d’espèces au cabinet ne sont pas déductibles.
Frais d’établissement
Les dépenses de votre installation : frais d’acquisition des éléments affectés à l’exercice (honoraires du notaire pour le rachat d’une clientèle, commissions), frais de recherche et de prospection. Ces frais peuvent être étalés sur un à cinq ans sur simple demande à l’administration. Si des frais d’établissement ont été engagés avant le début de votre activité, ils créent un déficit catégoriel imputable sur votre revenu global.
Dotation aux amortissements
L’amortissement annuel de vos biens immobilisés : votre ordinateur, votre matériel audio, votre logiciel métier au-delà de 600 € TTC, votre fauteuil à 800 €… Ce montant est calculé en page 2 de la 2035 et reporté ici automatiquement si vous utilisez un logiciel comptable.
Ce qu’il faut retenir
La 2035 ne récompense pas la perfection. Elle récompense la rigueur et la cohérence. Une ventilation approximative mais justifiée et constante dans le temps vaut mieux qu’une ventilation très précise une année et fantaisiste l’autre. En cas de contrôle, c’est la logique de l’ensemble qui sera examinée.
Si deux rubriques vous semblent également valides pour une dépense, choisissez-en une, tenez-y vous, et documentez votre choix. Et si votre association de gestion et votre voisin orthophoniste vous disent des choses différentes : c’est normal. Cela a toujours été ainsi, et ça durera encore longtemps.

0 commentaire