L’orthophoniste et le psychomotricien partagent souvent les mêmes patients, en particulier chez l’enfant. Troubles du langage, TSLA, dyspraxie, TDAH, troubles du spectre autistique : les profils qui bénéficient des deux professionnels sont nombreux. Pour autant, leurs rôles restent bien distincts, et la coordination entre eux est loin d’être automatique. Parents et praticiens ont tout intérêt à comprendre ce que chacun apporte, et surtout comment articuler les deux prises en charge pour que l’enfant progresse de façon cohérente.
Orthophoniste et psychomotricien : deux métiers complémentaires
Le rôle de l’orthophoniste
L’orthophoniste intervient sur toutes les dimensions de la communication et du langage : langage oral (compréhension, expression, articulation, phonologie), langage écrit (lecture, orthographe, fluence), voix, déglutition, communication sociale. Son champ couvre aussi bien le jeune enfant qui ne parle pas encore que le patient adulte après un AVC. Le bilan orthophonique est le point d’entrée qui permet d’évaluer précisément les capacités et les difficultés dans ces domaines.
Le rôle du psychomotricien
Le psychomotricien travaille sur les liens entre le corps, les émotions et les fonctions cognitives. Son champ d’action inclut la motricité globale (coordination, équilibre, tonus musculaire), la motricité fine (gestes graphiques, découpage, manipulation d’objets), le schéma corporel, l’orientation spatiale et temporelle, et les régulations émotionnelles liées aux sensations corporelles. Il intervient quand le corps et ses représentations sont au cœur des difficultés.
Ce qui les rapproche
Les deux professions partagent une approche centrée sur le développement global de l’enfant, une attention aux interactions entre fonctions cognitives (mémoire, attention, fonctions exécutives) et compétences pratiques, et une forte implication de la famille dans le suivi. Ils sont tous deux paramédicaux, remboursés sur prescription médicale, et interviennent souvent dans des contextes similaires : libéral, CAMSP, SESSAD, IME, hôpital.
Les situations qui nécessitent les deux professionnels
Les troubles spécifiques du langage et des apprentissages (TSLA)
La dyslexie, la dysorthographie ou la dyscalculie ne sont jamais des troubles isolés. Elles s’accompagnent fréquemment de difficultés en motricité fine (écriture lente et douloureuse), en traitement visuo-spatial (lecture de la carte, repérage dans la page) et en mémoire de travail. Pendant que l’orthophoniste travaille le décodage et l’orthographe, le psychomotricien peut rééduquer le geste graphique, améliorer la tenue du stylo et renforcer la conscience corporelle. Les troubles spécifiques du langage et des apprentissages bénéficient presque systématiquement de cette double prise en charge.
La dyspraxie (trouble développemental de la coordination)
La dyspraxie est le terrain d’élection de la collaboration orthophonie-psychomotricité. Le psychomotricien prend en charge la coordination générale, la planification motrice et la motricité fine. L’orthophoniste intervient sur les conséquences de la dyspraxie sur le langage écrit (l’enfant dyspraxique peut éviter d’écrire au point de ne jamais automatiser les correspondances graphème-phonème) et parfois sur l’articulation ou la dyspraxie verbale (difficulté à planifier les gestes de parole).
Le TDAH
Chez un enfant avec TDAH, les difficultés attentionnelles impactent à la fois les apprentissages langagiers (l’orthophoniste travaille la compréhension, la mémoire de travail, la fluence verbale) et la régulation corporelle (le psychomotricien aide l’enfant à mieux ressentir et contrôler son corps, à gérer l’agitation motrice). Les deux professionnels peuvent partager des stratégies communes : gestion du rythme, pauses actives, routines structurées.
Les troubles du spectre autistique (TSA)
Dans l’autisme, l’orthophoniste travaille la communication verbale et non verbale, la pragmatique du langage et les habiletés sociales. Le psychomotricien intervient sur les troubles de l’intégration sensorielle (hypersensibilité ou hyposensibilité tactile, auditive, proprioceptive), les stéréotypies, le tonus et la coordination. Ces deux axes sont souvent aussi prioritaires l’un que l’autre, et leur progression est interdépendante : un enfant moins sujet aux surcharges sensorielles peut mieux accéder à la communication.
Le jeune enfant avec retard de développement global
Avant 3 ans, quand un enfant présente un retard touchant plusieurs domaines (langage, motricité, interactions sociales), une prise en charge pluridisciplinaire est toujours recommandée. Les structures comme le CAMSP (Centre d’Action Médico-Sociale Précoce) organisent précisément cette coordination dès le plus jeune âge. L’orthophoniste y travaille sur la communication préverbale et l’émergence du langage, pendant que le psychomotricien stimule le développement moteur et corporel.
Comment organiser la coordination dans la pratique ?
Communiquer entre professionnels
La coordination ne se fait pas automatiquement : elle demande des échanges explicites. En libéral, cela peut prendre la forme d’un compte-rendu transmis avec l’accord des parents, d’un appel téléphonique pour partager des observations sur l’évolution de l’enfant, ou d’une réunion pluridisciplinaire dans le cadre d’un suivi en structure. L’objectif est d’éviter les chevauchements inutiles et surtout les contradictions dans les stratégies proposées à l’enfant.
Établir des priorités communes
Quand un enfant a beaucoup de prises en charge, la fatigue et la surcharge de travail scolaire deviennent des facteurs limitants. Les professionnels ont intérêt à se mettre d’accord sur les priorités : faut-il d’abord consolider la motricité fine pour déverrouiller l’écriture avant de travailler l’orthographe ? Faut-il stabiliser la régulation sensorielle avant d’introduire les exercices de phonologie ? Cette réflexion partagée évite que l’enfant avance simultanément sur trop de fronts sans jamais consolider.
Impliquer les parents comme relais
Les parents ont souvent du mal à distinguer ce que fait l’orthophoniste de ce que fait le psychomotricien. Expliquer clairement le rôle de chacun, et surtout montrer comment les apprentissages se renforcent mutuellement, renforce leur adhésion au suivi. L’accompagnement parental dans la compréhension du parcours de soin est une composante à part entière du travail thérapeutique.
Ce que dit la recherche sur la prise en charge pluridisciplinaire
Les données disponibles sur les troubles neurodéveloppementaux confirment l’intérêt d’une approche coordonnée. Le guide de la HAS sur les troubles du neurodéveloppement recommande explicitement une évaluation et une prise en charge pluriprofessionnelles pour les enfants présentant des TSLA, un TSA ou un TDC. La coordination entre professionnels n’est pas un luxe organisationnel : elle est inscrite dans les bonnes pratiques.
La Fédération Française des Psychomotriciens publie régulièrement des ressources sur les modalités de travail interprofessionnel, utiles aux praticiens comme aux familles qui cherchent à comprendre ce que recouvre ce partenariat.
Questions fréquentes
Mon enfant a déjà un orthophoniste : faut-il vraiment ajouter un psychomotricien ?
Tout dépend du profil de l’enfant. Si les difficultés se limitent au langage oral ou écrit sans composante motrice importante, l’orthophonie seule peut suffire. En revanche, si l’enfant a une écriture douloureuse, des troubles de la coordination, une hypersensibilité sensorielle ou des difficultés de régulation corporelle, le psychomotricien apporte une dimension que l’orthophonie ne peut pas couvrir. Le médecin traitant ou le neuropédiatre est le mieux placé pour orienter en fonction du bilan réalisé.
Les séances peuvent-elles avoir lieu le même jour ?
Ce n’est généralement pas recommandé pour les jeunes enfants, qui se fatiguent vite lors des séances de rééducation. Espacer les séances sur la semaine permet une meilleure récupération et une meilleure consolidation des apprentissages. Au-delà de deux ou trois prises en charge spécialisées par semaine, le risque de surcharge est réel et peut générer du refus ou de l’anxiété chez l’enfant.
L’orthophoniste et le psychomotricien peuvent-ils se voir sans les parents ?
Oui, avec l’accord des parents, des échanges directs entre professionnels sont possibles et souhaitables. Ils restent soumis au secret professionnel : seules les informations nécessaires à la coordination du soin sont partagées. Dans les structures (CAMSP, SESSAD, CMPP), ces échanges sont institutionnalisés sous forme de réunions de synthèse. En libéral, ils reposent davantage sur l’initiative des praticiens et la volonté des familles de faciliter ce dialogue.

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