Décembre arrive et avec lui son lot de questions pratiques pour l’orthophoniste libéral : combien de jours fermer ? Comment gérer la vague d’annulations ? Faut-il s’inquiéter pour les patients fragiles ? Et surtout, comment profiter de cette période pour ne pas commencer janvier sous pression ? Les fêtes de fin d’année sont une parenthèse qui se gère, à condition de l’anticiper quelques semaines à l’avance.
Décider de sa période de fermeture
Contrairement aux salariés, l’orthophoniste libéral est libre de choisir ses dates de congé. Mais cette liberté a un revers : personne ne vous oblige à fermer, et certains praticiens finissent par ne prendre que deux ou trois jours entre Noël et le 1er janvier, sous pression de leur liste d’attente ou de culpabilité envers leurs patients.
La règle non écrite du milieu : au moins une semaine pleine. Les études sur l’épuisement professionnel dans les professions de santé libérales montrent que les petites coupures insuffisamment longues ne permettent pas une récupération réelle. Une semaine de fermeture entre le 23 décembre et le 2 janvier reste le minimum pour repartir vraiment ressourcé en janvier.
Quelques repères utiles pour calibrer votre fermeture :
- Les enfants sont en vacances scolaires du 20 décembre au 5 janvier environ : fermer sur cette période réduit naturellement les demandes de report
- Les adultes suivis pour des pathologies neurologiques ou des troubles de la déglutition peuvent avoir besoin d’une continuité plus importante : identifiez-les en amont
- Les patients en phase intensive de rééducation (post-AVC récent, implant cochléaire activé il y a peu) méritent une attention particulière avant de décider d’une fermeture longue
Prévenir les patients : le bon timing et le bon canal
La communication sur la fermeture ne se fait pas le 20 décembre au soir. Les bonnes pratiques recommandent d’informer les patients au moins trois semaines à l’avance, soit dès début décembre. Plusieurs canaux sont efficaces :
- Un message dans votre logiciel de prise de rendez-vous : la plupart des logiciels permettent d’afficher une bannière ou un message automatique sur la page de réservation
- Un SMS ou email groupé : à envoyer à l’ensemble de vos patients actifs avec les dates exactes de fermeture et de réouverture
- Un message sur votre répondeur téléphonique : à mettre en place dès le premier jour de fermeture, avec indication de la date de réouverture et, si possible, d’un contact d’urgence ou d’un confrère disponible
- Un affichage en cabinet : un simple papier à l’accueil suffit pour les patients qui viennent en séance en décembre
Pour les annulations de rendez-vous qui surviennent inévitablement en décembre (grippe, voyages imprévus, fêtes de famille), anticipez en libérant dès maintenant les créneaux de la dernière semaine avant fermeture pour les patients qui souhaitent avancer leur séance.
La continuité des soins pour les patients fragiles
Certains patients ne peuvent pas supporter une interruption de plusieurs semaines sans risques. Avant de fermer, identifiez :
- Les patients en soins palliatifs ou en fin de vie suivis pour la déglutition
- Les enfants dont les troubles du langage génèrent une anxiété scolaire forte, avec une rentrée de janvier potentiellement difficile
- Les patients adultes en phase aiguë post-AVC ou post-chirurgicale
- Les personnes âgées isolées dont les séances sont aussi un lien social
Pour ces patients, deux options : soit vous maintenez une ou deux séances pendant la période, soit vous les orientez vers un confrère disponible. Un accord de couverture mutuelle avec un orthophoniste du secteur est une bonne pratique à mettre en place bien avant décembre. La téléorthophonie peut aussi être une solution pour assurer une séance de maintien à distance, sans obligation de déplacement pour vous ou le patient.
Les finances : ce qu’il faut régler avant le 31 décembre
La fin d’année est un moment charnière sur le plan financier. Plusieurs points méritent votre attention avant de fermer.
Profiter de la fenêtre de défiscalisation
Le 31 décembre est la dernière date pour actionner les leviers de défiscalisation de fin d’année : versements sur un PER (Plan d’Épargne Retraite), dons aux associations, investissements en FCPI ou FIP. Ces opérations doivent être initiées avant minuit le 31 décembre pour être déductibles de vos revenus de l’année en cours. N’attendez pas la dernière semaine : les délais bancaires peuvent jouer contre vous.
Préparer la clôture comptable
Même si la clôture de votre exercice comptable est réalisée par votre expert-comptable en mars ou avril, décembre est le bon moment pour rassembler les documents de l’année : factures d’achats professionnels, relevés de compte pro, justificatifs de déplacements, cotisations ordinales et professionnelles. La clôture de l’exercice comptable se passe toujours mieux quand les documents ont été triés en amont plutôt que retrouvés en urgence en février.
Vérifier votre provision URSSAF
Si votre activité a significativement progressé cette année, votre régularisation URSSAF de l’année suivante sera plus importante que prévu. Calculez une estimation de votre bénéfice annuel et ajustez votre épargne de précaution en conséquence avant de fermer.
Profiter de la période creuse pour les tâches de fond
Les fêtes de fin d’année, c’est aussi quelques jours sans patients pendant lesquels certaines tâches de fond peuvent être traitées sans interruption :
- Mettre à jour vos comptes rendus de bilan en retard
- Revoir votre stock de matériel et passer les commandes pour janvier
- Vérifier la validité de votre assurance responsabilité civile professionnelle pour l’année suivante
- Mettre à jour vos tarifs et votre page Doctolib si nécessaire
- Planifier votre programme de formation continue pour l’année à venir
Ces tâches sont souvent repoussées faute de temps pendant l’année. Une demi-journée entre le 26 et le 30 décembre suffit à les traiter toutes, ce qui permet de reprendre en janvier avec un cabinet parfaitement à jour.
Reprendre sereinement en janvier
La reprise de janvier est souvent plus chargée qu’anticipée : les patients qui avaient suspendu leurs séances à l’automne rappellent, les bilans prescrits en novembre commencent à arriver, les parents d’enfants qui ont décroché à la rentrée de septembre se manifestent. Avoir préparé sa reprise évite d’être débordé dès la première semaine.
Quelques réflexes utiles avant de fermer : mettre à jour votre agenda pour libérer des créneaux d’évaluation dès janvier, envoyer un SMS de reprise la veille de votre premier jour de travail, et vérifier que vos prescriptions en cours sont toujours valides (certaines expirent après 3 ou 6 mois).
Questions fréquentes
Suis-je obligé de prévenir l’Ordre des orthophonistes de ma fermeture ?
Non, il n’y a pas d’obligation réglementaire de déclarer vos congés à l’Ordre ou à l’Assurance Maladie pour une fermeture de courte durée (moins de 3 mois). En revanche, si vous exercez seul et que vous suivez des patients en ALD ou en soins continus, le code de déontologie vous invite à organiser la continuité des soins, notamment en informant vos patients et en indiquant un confrère de référence sur votre répondeur.
Puis-je facturer une séance non honorée en décembre ?
Oui, si vous avez une politique d’annulation formalisée et que le patient ne s’est pas présenté sans prévenir dans un délai raisonnable (généralement 24 ou 48 heures selon vos conditions). Cette politique doit avoir été communiquée au patient avant la prise en charge. En pratique, beaucoup d’orthophonistes font preuve de souplesse en décembre, mais cela reste une décision personnelle. Les modalités pratiques de gestion de ces situations sont détaillées dans le guide sur les annulations de rendez-vous.
Comment gérer les patients qui veulent absolument une séance entre Noël et le Nouvel An ?
Vous n’êtes pas obligé d’ouvrir. Si un patient exprime un besoin urgent pendant votre fermeture, évaluez s’il s’agit d’une urgence réelle (trouble de la déglutition décompensé, crise d’anxiété liée à un trouble de la communication) ou d’une demande de confort. Pour les urgences réelles, un confrère de garde ou le médecin traitant est le bon interlocuteur. Pour les demandes de confort, une réponse claire et bienveillante suffît : vous reprendrez les séances à la date prévue.

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