Un droit réclamé depuis mai 2024 vient enfin d’être inscrit dans le Code de la santé publique. Le décret n° 2026-627 du 10 juillet 2026, publié au Journal officiel le 12 juillet et entré en vigueur le 13 juillet, autorise les orthophonistes à pratiquer certaines aspirations ORL pendant leurs soins, sous deux conditions cumulatives de formation.
Ce que le décret autorise concrètement
Le texte modifie l’article R. 4341-3 du Code de la santé publique pour ouvrir aux orthophonistes la réalisation d’aspirations orales, nasales et pharyngées, ainsi que des aspirations trachéales chez une personne trachéotomisée, dans le cadre de leurs soins. Jusqu’ici, ce geste dépendait systématiquement d’un infirmier ou d’un autre professionnel habilité, ce qui pouvait interrompre ou retarder une séance de rééducation.
Deux conditions cumulatives pour pouvoir les pratiquer
L’autorisation n’est pas automatique. Deux conditions doivent être réunies :
- Une formation aux actes d’aspiration, soit acquise pendant le cursus menant au certificat de capacité d’orthophoniste, soit suivie en formation continue selon des modalités qui seront précisées par arrêté ministériel pour les orthophonistes déjà diplômés.
- Une attestation de formation aux gestes et soins d’urgence (AFGSU) de niveau 2 en cours de validité.
Point de vigilance : le contenu exact de la formation continue n’est pas encore fixé par les pouvoirs publics. En pratique, les orthophonistes déjà titulaires d’un AFGSU 2 valide et formés au geste peuvent l’exercer immédiatement ; les autres devront attendre la publication de l’arrêté d’application pour connaître le parcours de formation à suivre.
Une avancée réclamée depuis 2024
La FNO porte cette demande depuis mai 2024, en lien avec le Conseil national professionnel des médecins ORL. L’enjeu n’est pas anecdotique : sans ce droit, un orthophoniste devait interrompre sa séance et attendre la disponibilité d’un infirmier dès qu’un patient trachéotomisé ou à risque de fausse route avait besoin d’être aspiré.
Pour la présidente de la FNO, Sarah Degiovani, cette évolution replace l’aspiration à sa juste place : un geste de sécurité et d’hygiène intégré à la pratique orthophonique, plutôt qu’une contrainte organisationnelle externe.
Qui est concerné dans la pratique quotidienne
Trois populations de patients sont directement concernées par cette évolution :
- Patients trachéotomisés (suites de cancers ORL, lésions neurologiques, séjours prolongés en réanimation) : l’orthophoniste peut gérer les sécrétions sans dépendre de la disponibilité d’un infirmier pendant la rééducation de la déglutition. Ce public recoupe largement celui abordé dans notre article sur la dysphagie et les troubles de la déglutition.
- Patients victimes d’AVC ou atteints de maladies neurodégénératives (Parkinson, SLA) : un désencombrement immédiat des voies aériennes évite d’interrompre la séance et limite le risque de fausse route, un enjeu détaillé dans notre article sur l’orthophonie en neurologie adulte.
- Enfants polyhandicapés ou porteurs de troubles neurodéveloppementaux sévères : intervention directe possible pendant les essais alimentaires et les exercices oro-faciaux, sans attendre l’intervention d’un tiers.
Ce texte s’inscrit aussi dans la continuité des évolutions de pratique en milieu hospitalier, un contexte que nous détaillons dans notre article sur les orthophonistes à l’hôpital.
Ce qu’il faut retenir
Le décret du 10 juillet 2026 est en vigueur depuis le 13 juillet, mais son application concrète pour les orthophonistes n’ayant pas suivi la formation en cursus initial dépend encore d’un arrêté à venir sur le contenu de la formation continue. Pour les praticiens déjà titulaires d’un AFGSU 2 valide, la question à se poser est simple : ai-je bien été formé au geste d’aspiration pendant mes études, ou dois-je attendre les précisions ministérielles avant de le pratiquer ?
Questions fréquentes
Depuis quand ce décret est-il applicable ?
Le décret n° 2026-627 du 10 juillet 2026 est entré en vigueur le 13 juillet 2026, le lendemain de sa publication au Journal officiel.
Quelles conditions faut-il remplir pour pratiquer ces aspirations ?
Deux conditions cumulatives : une formation aux actes d’aspiration (en cursus initial ou en formation continue) et une attestation AFGSU de niveau 2 en cours de validité.
Un orthophoniste déjà diplômé peut-il pratiquer ces actes dès maintenant ?
Oui, s’il a suivi cette formation pendant son cursus initial et dispose d’un AFGSU 2 valide. Pour les autres, le parcours de formation continue reste à préciser par arrêté ministériel.

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